Le millionnaire est rentré pour Noël… et a découvert la vérité qu’on avait cachée à ses filles

Le millionnaire est rentré pour Noël… et a découvert la vérité qu’on avait cachée à ses filles
Chapitre 1 : La chambre vide
Alejandro fit un immense effort pour garder son calme.
Pour ses filles.
Du moins, pour le moment.
Il retira sa veste de costume et la posa sur les épaules des fillettes avant de les conduire dans la cuisine chaleureuse du manoir.
La cheffe de maison resta figée en les voyant.
— Monsieur Santillán…
— Donnez-leur à manger.
Tout de suite.
En quelques minutes, la table fut couverte d’assiettes fumantes de soupe, de pain fraîchement cuit, de poulet rôti et de verres de chocolat chaud.

Les quatre petites filles contemplaient la nourriture comme si elle pouvait disparaître à tout moment.
Le cœur d’Alejandro se brisa.
Les enfants qui grandissent entourés d’amour ne regardent pas la nourriture de cette manière.
Les enfants qui ont faim, si.
Les enfants abandonnés aussi.
Pendant que les fillettes mangeaient en silence, Alejandro commença à poser des questions.
Des questions simples.
Des questions qui, peu à peu, commencèrent à révéler la vérité.
— Jimena dîne avec vous ?
Toutes les quatre secouèrent la tête.
— Qui vous couche le soir ?
— Normalement… Rosa, murmura Valeria.
Rosa.
La nounou qu’Alejandro avait engagée des années auparavant.
Une femme en qui il avait une confiance absolue.
— Où est Rosa ?
Les filles échangèrent des regards nerveux.
— Jimena l’a renvoyée.
Alejandro resta immobile.
— Quand ?
— Il y a trois mois.
Sa mâchoire se crispa.
Il n’avait jamais autorisé ce licenciement.
Pas une seule fois.
Puis Camila ajouta à voix basse :
— Rosa pleurait quand elle est partie.
Un frisson traversa la poitrine d’Alejandro.
Quelque chose n’allait pas.
Vraiment pas.
Il se leva.
— Je vais vérifier quelque chose.
Il monta les escaliers jusqu’au bout de l’aile ouest du manoir.
C’est là qu’il trouva la porte.
La porte de la salle de jeux de ses filles.
Elle était verrouillée.
Alejandro fronça les sourcils.
Pourquoi une salle de jeux devait-elle être fermée à clé ?
Il demanda immédiatement le passe-partout au chef de la sécurité.
Lorsque la porte s’ouvrit enfin…
Il sentit son estomac se nouer.
La pièce était complètement vide.
Il ne restait pas un seul jouet.
Pas une poupée.
Pas une peluche.
Rien.
Les étagères étaient nues.
Même les décorations de Noël que les filles aimaient tant avaient disparu.
Il ne restait que de la poussière.
Et, dans un coin, plusieurs cartons portant une étiquette imprimée :
VENTE AUX ENCHÈRES D’ARTICLES DE LUXE EN DÉPÔT-VENTE
Alejandro ouvrit le premier carton.
À l’intérieur se trouvait la poupée préférée de Regina.
Il en ouvrit un autre.
Il était rempli de jouets.
Un troisième contenait des vélos.
Et un quatrième renfermait les cadeaux de Noël qu’il avait lui-même achetés des mois plus tôt pour surprendre ses filles.
Tout avait été vendu.
Ou était sur le point de l’être.
Ses mains commencèrent à trembler.
Puis il aperçut un dossier caché sous l’un des cartons.
Il l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvaient des dizaines de reçus.
Des milliers de dollars.
Des dizaines de milliers.
Des centaines de milliers.
Des sacs de créateurs.
Des bijoux.
Des vacances privées.
Des séjours dans des spas de luxe.
Toutes ces dépenses avaient été payées avec les mêmes comptes bancaires qu’Alejandro croyait destinés au bien-être de ses filles.
La trahison le frappa comme un coup dévastateur.
Mais le pire restait encore à découvrir.
Caché parmi les reçus se trouvait un document juridique.
Un contrat d’inscription dans un internat privé en Suisse.
Pour les quatre filles.
Internat permanent.
Date d’entrée :
Janvier.
Il ne restait que trois semaines.
Jimena ne se contentait pas de les négliger.
Elle prévoyait de les éloigner pour toujours.
Et soudain, Alejandro comprit beaucoup de choses.
Il comprit pourquoi elle insistait autant pour qu’il continue à voyager sans cesse.
Pourquoi elle ne voulait jamais qu’il rentre plus tôt que prévu.
Pourquoi tous les appels vidéo avec ses filles étaient mystérieusement interrompus.
Jimena avait passé des mois à effacer lentement ses propres filles de la vie de leur père.
Et ce soir-là même…
Elle allait devoir lui donner toutes les réponses.
Qu’elle le veuille…
Ou non.
Chapitre 2 : La porte fermée
Alejandro fit un immense effort pour garder son calme.
Pour ses filles.
Du moins, pour l’instant.
Il retira sa veste de costume et la posa sur les épaules des fillettes avant de les conduire dans la cuisine chaleureuse du manoir.
La cheffe de maison ouvrit de grands yeux en les voyant.
— Monsieur Santillán…
— Donnez-leur à manger.
Tout de suite.
En quelques minutes, la table fut couverte d’assiettes de soupe fumante, de pain fraîchement cuit, de poulet rôti et de tasses de chocolat chaud.
Les quatre filles contemplaient la nourriture comme si elle pouvait disparaître d’un instant à l’autre.
Le cœur d’Alejandro vola en éclats.
Les enfants élevés avec amour ne regardent pas la nourriture de cette façon.
Les enfants qui ont faim, si.
Les enfants maltraités aussi.
Pendant que les petites mangeaient en silence, Alejandro commença à poser des questions.
Des questions simples.
Des questions qui, peu à peu, commencèrent à révéler la vérité.
— Jimena dîne avec vous ?
Toutes les quatre secouèrent la tête.
— Qui vous couche le soir ?
— Normalement… Rosa, murmura Valeria.
Rosa.
La nounou qu’Alejandro avait engagée des années auparavant.
Une femme en qui il avait une confiance totale.
— Où est Rosa ?
Les filles échangèrent des regards nerveux.
— Jimena l’a renvoyée.
Alejandro resta immobile.
— Quand ?
— Il y a trois mois.
Sa mâchoire se crispa.
Il n’avait jamais autorisé ce licenciement.
Pas une seule fois.
Puis Camila ajouta à voix basse :
— Rosa pleurait quand elle est partie.
Un froid intense traversa la poitrine d’Alejandro.
Quelque chose allait terriblement mal.
Bien plus mal qu’il ne l’avait imaginé.
Il se leva.
— Je vais vérifier quelque chose.
Il monta les escaliers jusqu’à l’extrémité de l’aile ouest du manoir.
C’est là qu’il trouva la porte.
La porte de la salle de jeux de ses filles.
Elle était fermée à clé.
Alejandro fronça les sourcils.
Pourquoi quelqu’un verrouillerait-il une salle de jeux ?
Il demanda immédiatement le passe-partout au chef de la sécurité.
Lorsque la porte s’ouvrit…
Il sentit son estomac se contracter.
La pièce était complètement vide.
Il ne restait pas un seul jouet.
Pas une poupée.
Pas une peluche.
Rien.
Les étagères étaient nues.
Même les décorations de Noël que les filles adoraient avaient disparu.
Il ne restait qu’une fine couche de poussière.
Et, dans un coin, plusieurs cartons portant une étiquette indiquant :
VENTE AUX ENCHÈRES D’ARTICLES DE LUXE EN DÉPÔT-VENTE
Alejandro en ouvrit un.
À l’intérieur se trouvait la poupée préférée de Regina.
Il en ouvrit un autre.
Il était rempli de jouets.
Un troisième contenait des vélos.
Et un quatrième renfermait les cadeaux de Noël qu’il avait lui-même achetés des mois auparavant pour surprendre ses filles.
Tout avait été vendu.
Ou était sur le point de l’être.
Ses mains commencèrent à trembler.
Puis il aperçut un dossier caché sous l’un des cartons.
Il l’ouvrit.
À l’intérieur se trouvaient des dizaines de reçus.
Des milliers de dollars.
Des dizaines de milliers.
Des centaines de milliers.
Des sacs de créateurs.
Des bijoux.
Des vacances privées.
Des soins dans des spas exclusifs.
Toutes ces dépenses avaient été payées avec les mêmes comptes bancaires qu’Alejandro croyait destinés au bien-être de ses filles.
La trahison le frappa avec une violence dévastatrice.
Mais la découverte la plus douloureuse restait encore à venir.
Caché parmi les reçus se trouvait un document juridique.
Un document que Jimena avait déjà préparé.
Il s’agissait d’un contrat d’inscription dans un internat.
Pour les quatre filles.
En Suisse.
Internat permanent.
Avec une date d’entrée fixée en janvier.
Il ne restait que trois semaines.
Jimena ne se contentait pas de les négliger.
Elle prévoyait de se débarrasser d’elles pour toujours.
Et soudain, Alejandro comprit absolument tout.
Il comprit pourquoi elle insistait autant pour qu’il continue à voyager sans relâche.
Pourquoi elle ne voulait jamais qu’il rentre à la maison.
Pourquoi tous les appels vidéo avec ses filles se terminaient mystérieusement de façon soudaine.
Jimena avait passé des mois à effacer lentement ses propres filles de la vie de leur père.
Et ce soir-là…
Elle allait devoir fournir de nombreuses explications.
Qu’elle le veuille…
Ou non.

Chapitre 3 : Le retour de Jimena
Alejandro resta longtemps immobile au milieu de la salle de jeux vide.
Autour de lui, les cartons semblaient raconter une histoire que personne n’avait eu le courage de lui raconter.
Les jouets de ses filles.
Leurs vélos.
Les cadeaux de Noël qu’il avait choisis lui-même des mois auparavant.
Et ce contrat.
Ce maudit contrat pour un internat en Suisse.
Il le tenait toujours entre ses mains.
Quatre noms.
Quatre signatures préparées.
Quatre vies qu’on s’apprêtait à éloigner de lui sans même qu’il le sache.
Alejandro ferma les yeux.
Pendant quelques secondes, il sentit la colère lui brûler la poitrine.
Il voulait descendre immédiatement.
Appeler Jimena.
Exiger des réponses.
Mettre fin à tout.
Mais quelque chose le retint.
Ses filles.
Si Jimena avait préparé tout cela depuis des mois, alors elle avait probablement aussi préparé une histoire.
Une excuse.
Peut-être même des documents capables de faire croire qu’Alejandro avait accepté.
Il ne pouvait pas se permettre de réagir seulement avec colère.
Cette fois, il devait comprendre jusqu’où allait la trahison.
Il sortit son téléphone.
— Marco.
La réponse arriva immédiatement.
— Oui, monsieur Santillán.
Marco Vega était le chef de la sécurité privée d’Alejandro depuis presque douze ans.
Ancien officier.
Peu bavard.
Et surtout, l’un des rares hommes en qui Alejandro avait une confiance absolue.
— Ferme toutes les sorties de la propriété.
Un bref silence suivit.
— Monsieur ?
— Personne ne quitte la maison sans mon autorisation.
— Compris.
— Et Marco…
— Oui ?
Alejandro regarda le contrat dans sa main.
— Je veux une copie de toutes les caméras de sécurité des six derniers mois.
— Toutes ?
— Toutes.
— Je m’en occupe.
Alejandro raccrocha.
Puis il appela son avocat personnel.
— Gabriel, j’ai besoin de toi ici ce soir.
— Quelque chose s’est passé ?
— Plus que quelque chose.
Alejandro regarda les reçus.
— Viens avec un spécialiste financier.
— Et ne préviens personne.
Gabriel comprit au ton de sa voix qu’il ne devait pas poser davantage de questions.
— J’arrive.
Alejandro remit le téléphone dans sa poche.
Puis il s’accroupit devant les cartons.
Il commença à photographier chaque document.
Chaque reçu.
Chaque facture.
Chaque signature.
Il ne voulait laisser aucune possibilité à Jimena de faire disparaître les preuves.
En ouvrant un autre dossier, il trouva quelque chose d’encore plus inquiétant.
Des relevés bancaires.
Des transferts vers plusieurs comptes étrangers.
Des montants importants.
Toujours les mêmes destinations.
Monaco.
Panama.
Suisse.
Et surtout…
Une société inconnue.
JM Holdings International.
Alejandro sentit son regard se durcir.
JM.
Jimena Morales.
Il n’avait pas besoin d’être expert pour comprendre.
Mais il avait besoin de preuves.
De vraies preuves.
Il rangea tout dans une grande boîte.
Puis il sortit de la salle.
Dans le couloir, il aperçut Valeria.
La fillette se tenait près de la porte.
Silencieuse.
Les bras serrés autour de son corps.
— Papa ?
Alejandro s’arrêta immédiatement.
Toute la colère disparut de son visage.
— Qu’est-ce que tu fais là, mon cœur ?
— Je te cherchais.
Il s’approcha.
— Tes sœurs mangent encore ?
Valeria acquiesça.
Puis son regard glissa vers la salle de jeux ouverte.
Elle vit les cartons.
Son expression changea.
— Tu as trouvé les jouets.
Alejandro se mit à sa hauteur.
— Oui.
Valeria baissa les yeux.
— Jimena nous avait dit que tu les avais fait vendre.
Cette phrase le frappa plus violemment que n’importe quel document.
— Elle a dit quoi ?
— Elle disait que tu ne voulais plus qu’on garde des choses de bébé.
Alejandro sentit sa gorge se serrer.
— Valeria…
La fillette releva les yeux.
— Elle disait aussi que tu étais d’accord pour qu’on parte en Suisse.
Alejandro resta figé.
— Elle vous en a parlé ?
— Oui.
— Depuis quand ?
— Depuis longtemps.
— Et qu’est-ce qu’elle vous a dit exactement ?
Valeria hésita.
— Que tu étais trop occupé pour t’occuper de nous.
Le silence sembla écraser le couloir.
— Que tu voulais qu’on aille dans une école loin d’ici.
— Que ce serait plus facile pour toi.
Alejandro ferma les yeux un instant.
Il avait passé des mois à croire qu’il travaillait pour donner un avenir à ses filles.
Pendant ce temps…
Quelqu’un leur apprenait à croire qu’il voulait vivre sans elles.
Il posa doucement ses mains sur les épaules de Valeria.
— Écoute-moi bien.
La petite fille le regarda.
— Je ne vous ai jamais demandé de partir.
— Jamais.
Ses yeux commencèrent à briller.
— Je n’ai vendu aucun de vos jouets.
— Je n’ai renvoyé Rosa.
— Et je ne vous ai jamais abandonnées.
Valeria resta silencieuse.
Puis elle murmura :
— Je savais que ce n’était pas vrai.
Alejandro sentit son cœur se briser.
— Pourquoi ?
— Parce que tu téléphonais toujours à Noël.
— Même quand tu étais très loin.
Elle inspira difficilement.
— Mais Jimena disait que tu appelais seulement parce que ton assistante te le rappelait.
Alejandro détourna le regard.
Il ne voulait pas que sa fille voie la rage monter dans ses yeux.
— Papa ?
— Oui ?
— Est-ce que tu vas repartir ?
Cette fois, il répondit immédiatement.
— Non.
Valeria sembla ne pas comprendre.
— Pas demain ?
— Non.
— Pas après Noël ?
Alejandro secoua la tête.
— Pas comme avant.
Il l’attira contre lui.
— Je vais changer beaucoup de choses.
La fillette s’accrocha à sa chemise.
— Tu le promets ?
— Je te le promets.
À cet instant, des phares apparurent derrière les grandes fenêtres du couloir.
Une voiture venait d’entrer dans l’allée principale.
Alejandro regarda dehors.
Une berline blanche s’arrêta devant le manoir.
Il reconnut immédiatement le véhicule.
Jimena.
Valeria sentit son père se tendre.
— C’est elle ?
Alejandro acquiesça.
Puis il appela une gouvernante.
— Emmenez les filles dans ma bibliothèque privée.
— Personne n’entre sans mon autorisation.
La femme hocha la tête.
Valeria serra la main de son père.
— Tu vas lui parler ?
— Oui.
— Elle va se mettre en colère.
Alejandro la regarda longuement.
— Ce soir, ce n’est pas sa colère qui m’inquiète.
La porte principale s’ouvrit quelques instants plus tard.
Jimena entra en riant au téléphone.
Elle portait une longue robe noire sous un manteau crème, des talons hauts et des boucles d’oreilles serties de diamants.
Dans une main, elle tenait un sac de créateur.
Dans l’autre, son téléphone.
— Non, demain matin, répondit-elle. Le transfert doit être fait avant midi.
Elle leva les yeux.
Et s’arrêta.
Alejandro se tenait au pied de l’escalier.
Seul.
Immobile.
Jimena cligna des yeux.
— Alejandro ?
Elle raccrocha immédiatement.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
Il ne répondit pas tout de suite.
Il observa la femme avec laquelle il partageait sa vie depuis cinq ans.
Une femme qu’il avait crue capable de prendre soin de ses filles lorsqu’il voyageait.
Une femme à qui il avait donné accès à sa maison.
À ses comptes.
À sa famille.
— Tu n’es pas content de me voir ? demanda-t-elle avec un sourire nerveux.
Alejandro descendit lentement la dernière marche.
— Je suis arrivé cet après-midi.
Le sourire de Jimena disparut presque imperceptiblement.
— Tu devais rentrer le 27.
— J’ai changé mes plans.
— Sans me prévenir ?
— Oui.
Elle posa son sac sur une console.
— Tu aurais dû m’appeler.
— Pourquoi ?
— J’aurais préparé quelque chose.
Alejandro la regarda fixement.
— Tu avais déjà beaucoup préparé.
Jimena resta silencieuse une seconde.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Alejandro ne répondit pas.
Au lieu de cela, il se dirigea vers le salon.
— Viens.
— Alejandro…
— Maintenant.
Son ton ne laissait aucune place à la discussion.
Jimena le suivit.
Ils entrèrent dans le grand salon décoré pour Noël.
Un sapin immense occupait l’angle principal.
Des guirlandes dorées entouraient la cheminée.
Des paquets parfaitement emballés étaient disposés sous l’arbre.
Mais Alejandro savait désormais que beaucoup n’étaient probablement que décoratifs.
Il se plaça près de la cheminée.
Jimena resta debout à plusieurs mètres.
— Où sont les filles ?
— En sécurité.
Elle fronça les sourcils.
— Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
Alejandro sortit lentement de sa poche le contrat de l’internat.
Il le posa sur la table.
Le visage de Jimena changea.
Seulement une seconde.
Mais Alejandro le vit.
— Tu peux m’expliquer ?
Jimena regarda le document.
Puis elle inspira.
— Je voulais t’en parler.
— Quand ?
— Après Noël.
— Elles doivent partir en janvier.
— Justement.
Alejandro s’approcha.
— Pourquoi quatre contrats sont-ils déjà prêts ?
Jimena croisa les bras.
— Parce qu’il fallait réserver les places.
— Sans mon autorisation ?
— Alejandro, tu n’es jamais ici.
La phrase tomba comme une provocation.
Il ne bougea pas.
— Continue.
Jimena semblait reprendre confiance.
— Quelqu’un devait prendre des décisions.
— Tu passes ta vie dans des avions, dans des hôtels, dans des réunions.
— Moi, je suis ici.
Alejandro la fixa.
— Ici ?
Il pointa vers l’étage.
— Avec des enfants qui ont faim ?
Jimena pâlit.
— Quoi ?
— Tu m’as entendu.
— Elles n’ont pas faim.
— Je les ai trouvées dans la partie arrière de la maison avec du pain sec.
— C’est ridicule.
— Elles avaient peur de demander à manger.
— Les enfants exagèrent.
Alejandro serra les dents.
— Fais attention à ce que tu vas dire maintenant.
Jimena leva les mains.
— Je ne leur ai jamais fait de mal.
— J’essaie seulement de leur apprendre la discipline.
Alejandro la regarda comme s’il ne reconnaissait plus la personne devant lui.
— Tu appelles ça de la discipline ?
Il sortit son téléphone.
Il montra une photographie de la salle de jeux vide.
Puis une autre.
Les cartons.
Une autre.
Les reçus.
Une autre.
Les cadeaux de Noël.
Jimena cessa de respirer pendant un instant.
— Où as-tu trouvé ça ?
Alejandro laissa échapper un rire sans joie.
— Dans ma maison.
— Avec l’argent de mes filles.
— Ce n’est pas ce que tu crois.
— Alors explique-moi.
Jimena s’approcha de la table.
— Certaines choses n’étaient plus utilisées.
— J’ai simplement voulu libérer de l’espace.
— En les envoyant aux enchères ?
— Elles ont trop de jouets.
— Et les cadeaux que j’avais achetés pour Noël ?
Jimena hésita.
— Ils étaient excessifs.
Alejandro acquiesça lentement.
— Et les sacs à vingt mille dollars ?
Silence.
— Les bijoux ?
— Alejandro…
— Les vacances aux Maldives ?
— J’allais t’expliquer.
— Les transferts vers JM Holdings International ?
Cette fois, Jimena ne répondit plus.
Son visage devint totalement immobile.
Alejandro sut qu’il venait de toucher le point qu’elle redoutait vraiment.
— Tu connais ce nom ? demanda-t-il.
— Évidemment que non.
— Mauvaise réponse.
Il sortit une copie du relevé bancaire.
— Cette société est enregistrée à ton nom.
Jimena recula légèrement.
— Tu m’espionnes maintenant ?
Alejandro la regarda avec incrédulité.
— Tu voles mes filles et tu me demandes pourquoi je regarde mes propres comptes ?
— Je ne vole personne !
— Alors comment appelles-tu ça ?
— J’ai géré l’argent pendant ton absence !
— Pour toi.
— Pour cette maison !
— Pour toi.
Sa voix monta enfin.
— Elles n’avaient même plus leurs propres affaires pendant que tu achetais des bijoux avec l’argent prévu pour leur éducation !
Jimena se tut.
Le silence devint presque insupportable.
Puis elle changea de stratégie.
Ses yeux se remplirent soudainement de larmes.
— Tu ne comprends pas ce que j’ai vécu.
Alejandro ne réagit pas.
— Tu m’as laissée seule ici pendant des mois.
— Avec quatre enfants qui ne sont même pas les miens.
— Une maison immense à gérer.
— Des employés.
— Des obligations.
— Et toi, tu apparaissais sur un écran dix minutes par semaine en pensant que tout allait bien.
Alejandro la regarda froidement.
— Elles ne sont pas tes filles.
— Enfin une vérité.
Jimena essuya une larme.
— Je voulais une vie avec toi.
— Pas devenir la nounou de quatre enfants qui me rappellent chaque jour ton ancienne femme.
Le visage d’Alejandro se durcit.
— Ne parle jamais de leur mère de cette manière.
— Voilà.
Jimena éclata d’un rire amer.
— C’est toujours elle.
— Même morte, elle est toujours là.
— Dans les photos.
— Dans les chambres.
— Dans tes filles.
— Dans chaque décision.
Alejandro comprit alors quelque chose qu’il aurait dû voir bien plus tôt.
Ce n’était pas seulement une question d’argent.
Jimena ne supportait pas la place qu’occupaient les filles dans sa vie.
Elle avait tenté de les éloigner.
De les rendre invisibles.
De les faire disparaître progressivement.
D’abord Rosa.
Puis les jouets.
Puis les repas.
Puis les appels.
Et enfin…
La Suisse.
— Alors c’était ça ? demanda Alejandro.
Jimena détourna les yeux.
— Quoi ?
— Tu voulais qu’elles disparaissent.
— Ne dramatise pas.
— Tu voulais m’avoir sans elles.
— Je voulais que nous ayons enfin une vie normale.
Alejandro resta immobile.
— Elles sont ma vie normale.
Jimena releva brusquement la tête.
Cette phrase sembla la frapper.
— Alejandro…
— Non.
Il montra le contrat.
— Elles ne partiront pas en Suisse.
— Jamais.
— Et toi, tu n’auras plus jamais le droit de prendre une décision à leur sujet.
Jimena le fixa.
— Tu ne peux pas simplement me chasser.
— Cette maison est aussi la mienne.
Alejandro haussa un sourcil.
— Non.
Un bruit de pas se fit entendre dans l’entrée.
Gabriel Ortega venait d’arriver avec deux personnes.
L’avocat portait un costume sombre et tenait une grande mallette.
À ses côtés se trouvait une femme avec une tablette et un homme plus âgé portant plusieurs dossiers.
Jimena les regarda.
— Qu’est-ce qu’ils font ici ?
Gabriel s’avança.
— Bonsoir, madame Morales.
Jimena pâlit.
Il ne l’avait pas appelée Madame Santillán.
Alejandro le remarqua.
Elle aussi.
Gabriel posa un dossier sur la table.
— Nous avons commencé à examiner les comptes à la demande de monsieur Santillán.
Jimena se tourna vers Alejandro.
— Tu avais déjà prévu tout ça ?
— Depuis que j’ai trouvé les documents.
Gabriel ouvrit le dossier.
— Nous avons également découvert plusieurs procurations électroniques utilisées au cours des derniers mois.
Alejandro fronça les sourcils.
— Quelles procurations ?
Gabriel le regarda.
— Des documents autorisant des transferts importants depuis les fonds familiaux.
— Ils portent votre signature.
Alejandro se figea.
— Je n’ai signé aucune procuration.
Le silence tomba.
L’experte financière posa sa tablette sur la table.
— C’est bien ce que nous pensions.
Elle agrandit un document.
— Les signatures sont très proches des vôtres.
— Mais les certificats numériques proviennent d’un appareil enregistré dans cette maison.
Tous les regards se tournèrent vers Jimena.
Elle secoua immédiatement la tête.
— N’importe qui aurait pu utiliser un ordinateur.
Gabriel poursuivit calmement.
— Nous allons le déterminer.
— Mais il y a autre chose.
Il sortit un deuxième document.
— JM Holdings International a reçu près de trois millions de dollars au cours des dix derniers mois.
Alejandro ne bougea plus.
Trois millions.
Jimena avait cessé de pleurer.
Son visage était devenu dur.
Presque méconnaissable.
— Tu comptais partir ? demanda Alejandro.
Elle ne répondit pas.
— Réponds-moi.
— Peut-être que j’avais besoin d’une sécurité.
— Une sécurité ?
— Parce que je savais qu’un jour tu ferais exactement ce que tu fais maintenant.
Alejandro la regarda, sidéré.
— Me faire découvrir que tu volais mes enfants ?
— Me jeter dehors dès que tes filles se plaindraient.
— Elles ne se sont pas plaintes.
Sa voix devint plus basse.
— Elles avaient peur.
Cette fois, Jimena ne trouva rien à répondre.
Un léger mouvement attira l’attention d’Alejandro.
Dans l’encadrement de la porte du salon se trouvait Camila.
La petite fille avait dû échapper à la gouvernante.
Elle regardait Jimena.
Son visage était pâle.
— Papa…
Alejandro se précipita vers elle.
— Camila, je t’avais demandé de rester avec tes sœurs.
Mais la fillette ne le regardait pas.
Elle fixait Jimena.
— Dis-lui.
Jimena se crispa.
Alejandro se mit à genoux devant sa fille.
— Me dire quoi ?
Camila tremblait.
— Dis-lui pourquoi Rosa est vraiment partie.
Le silence changea immédiatement de nature.
Alejandro regarda sa fille.
Puis Jimena.
— Camila, qu’est-ce qui s’est passé ?
La petite fille inspira difficilement.
— Rosa n’a pas été renvoyée parce qu’elle faisait mal son travail.
Jimena fit un pas.
— Camila, ça suffit.
Alejandro se leva instantanément.
— Ne lui parle pas.
Jimena s’arrêta.
Camila serra la main de son père.
— Rosa avait trouvé quelque chose dans le bureau.
Alejandro sentit son cœur accélérer.
— Quoi ?
— Je ne sais pas.
— Des papiers.
— Elle s’est disputée avec Jimena.
Camila commença à pleurer.
— Et Jimena lui a dit que si elle parlait, elle ferait en sorte qu’elle ne puisse plus jamais travailler nulle part.
Gabriel et l’experte financière échangèrent un regard.
Alejandro resta parfaitement immobile.
— Tu as entendu ça ?
Camila acquiesça.
— J’étais dans le couloir.
— Le lendemain, Rosa est partie.
Jimena secoua la tête.
— Elle invente.
Alejandro se retourna lentement vers elle.
— Tu viens vraiment d’accuser une enfant de huit ans de mentir ?
— Elle ne comprend pas ce qu’elle a entendu.
— Moi, je comprends très bien.
Il sortit son téléphone.
— Marco.
Le chef de la sécurité répondit.
— Monsieur.
— Retrouve Rosa.
— Cette nuit.
— Je veux savoir où elle est.
— Compris.
Jimena fit brusquement un pas vers Alejandro.
— Tu n’as pas le droit de transformer cette maison en tribunal !
Deux agents de sécurité apparurent immédiatement dans l’entrée.
Alejandro la regarda.
— Non.
— Mais j’ai le droit de protéger mes filles.
Il fit un signe aux agents.
— Madame Morales va quitter la propriété.
Jimena resta bouche bée.
— Tu me mets dehors ?
— Ce soir.
— La veille de Noël ?
Alejandro ne cligna même pas des yeux.
— Tu aurais dû penser à Noël avant de vendre les cadeaux de mes filles.
Elle resta silencieuse.
— Tu vas regretter ça.
Alejandro prit Camila dans ses bras.
— La seule chose que je regrette…
Il regarda Jimena une dernière fois.
— C’est de ne pas être revenu plus tôt.
Les agents s’approchèrent.
Jimena saisit son sac.
Mais avant de quitter le salon, elle s’arrêta.
Un étrange sourire apparut sur son visage.
— Tu crois avoir tout découvert ?
Alejandro la fixa.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Jimena regarda brièvement Camila.
Puis Gabriel.
Puis Alejandro.
— Tu devrais peut-être demander à Rosa pourquoi elle n’est jamais revenue.
Le sourire d’Alejandro disparut.
— Qu’est-ce que tu lui as fait ?
Jimena ne répondit pas.
Elle se retourna simplement.
Les agents l’accompagnèrent vers la sortie.
Quelques secondes plus tard, la grande porte du manoir se referma derrière elle.
Mais personne dans le salon ne se détendit.
Gabriel regarda Alejandro.
— Vous pensez qu’elle bluffait ?
Alejandro observa la porte fermée.
— Non.
Il connaissait désormais suffisamment Jimena pour comprendre une chose.
Quand elle avait peur, elle mentait.
Mais lorsqu’elle voulait faire peur aux autres…
Elle disait parfois juste assez de vérité.
Le téléphone d’Alejandro sonna.
C’était Marco.
— Monsieur Santillán.
— Tu as trouvé Rosa ?
Un silence.
Trop long.
— Marco ?
— Nous avons retrouvé son adresse.
— Et ?
La voix du chef de la sécurité devint grave.
— Elle n’y vit plus.
Alejandro serra son téléphone.
— Depuis quand ?
— Presque trois mois.
Exactement depuis son départ du manoir.
Alejandro sentit un froid parcourir son dos.
— Où est-elle ?
— Personne ne le sait.
Puis Marco ajouta :
— Mais il y a autre chose.
— Quoi ?
— Son appartement n’a pas été vidé normalement.
— La police est intervenue là-bas quelques jours après son départ.
Alejandro sentit son cœur s’arrêter une fraction de seconde.
— Pourquoi ?
Marco hésita.
— Parce que quelqu’un avait signalé sa disparition.
Dans le salon, Gabriel vit le visage d’Alejandro changer.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Alejandro abaissa lentement le téléphone.
Puis il regarda vers l’entrée par laquelle Jimena venait de disparaître.
Trois mois plus tôt, Rosa avait découvert quelque chose.
Trois mois plus tôt, Jimena l’avait menacée.
Trois mois plus tôt, Rosa avait quitté le manoir.
Et depuis…
Personne ne l’avait revue.
Alejandro serra Camila contre lui.
La soirée venait de changer.
Ce n’était plus seulement une histoire de négligence.
Ni seulement une histoire d’argent.
Quelque chose de beaucoup plus sombre se cachait derrière les murs de cette maison.
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Et pour la première fois depuis son retour…
Alejandro comprit que la vérité qu’on avait cachée à ses filles pouvait être bien plus dangereuse qu’il ne l’avait imaginé.